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RANDONNE KAYAK DE MER DANS L’ARCHIPEL DE MOLENE
Lundi 9/04/2007
Nous devions être quatre, puis trois… Finalement nous ne serons que deux, Thierry et moi, après le forfait, ce matin même, d’Olivier, alité, sans force suite à un repas de palourdes mal digéré la veille au soir (y avait-il du vin blanc en accompagnement ?)
A 12h 15, nous sommes sur une des cales de l’arrière port du Conquet où nous allons procéder au chargement des kayaks (matériel de bivouac, vêtements et vivres…).

Une opération qui va nous prendre une petite heure, Thierry sait maintenant qu’il est préférable de remplir le sac étanche à l’intérieur du caisson et non à l’extérieur, ça facilite le passage des trappes.

Les prévisions météo pour les 3 jours à venir sont bonnes : soleil, vent N.N.E de 5 à 10 nœuds, mer belle à peu agitée. Les coefficients de marée vont de 49 ce lundi à 31 mercredi.
A 13h20, nous passons la pointe de Kermorvan où se dresse un phare blanc et carré à la sortie du port et prenons la direction de l’île de Béniguet à 2 milles et demi dans l’ouest.

Malgré les mortes eaux, le courant est assez sensible et le jusant nous déporte vers le sud. Nous abordons Béniguet 35 minutes plus tard et savourons un café avec des galettes au beurre sur l’estran de cette île plate et basse qui s’allonge sur 2200 mètres du S.W au N.E et culmine à 14 mètres.
La végétation est rase, pas d’arbre, seuls quelques champs sont cultivés par deux familles de fermiers qui logent dans un groupe de maisons au S.E de l’île.
La pause café terminée, nous contournons Béniguet par la pointe Nord Est et visons l’Ile de Quéménès à 2 milles ½. En slalomant entre les récifs, découverts à mi-marée, du plateau rocheux nous apercevons nos premiers phoques qui s’empressent de plonger puis réapparaissent un peu plus loin pour nous observer.

A l’îlot de Morgol, dans l’ouest de Quéménès, notre arrivée trouble la sieste de ces mammifères pinnipèdes, certains rampent maladroitement sur les rochers avant de plonger, d’autres, imperturbables, continuent à somnoler et se laissent photographier tout en surveillant ce qui se passe.

Nous sommes maintenant entourés de têtes grises et luisantes qui disparaissent et réapparaissent toujours plus près des kayaks, un jeune phoque vient renifler la pointe arrière de Thierry tandis que les plus gros, certains très imposants, se tiennent à distance en soufflant parfois bruyamment, l’un d’entre eux se projette verticalement à la surface de l’eau comme s’il voulait nous impressionner.

Nous le somme sûrement un peu mais pas suffisamment pour nous priver de ces moments privilégiés, les photos vont faire regretter à certains de ne pas être venus.
Suivis par quelques individus palmés, nous reprenons notre progression dans la passe du C’hrommig, entre Litiri et Quéménès,
sur des fonds sableux parsemés de roches et de longues algues.

Nous ne résistons pas à une nouvelle halte sur l’îlot de lédénès relié à Quéménès, à marée basse, par un cordon sableux. L’île de Quéménès longue de 1300 mètres, orientée EST-OUEST et sur laquelle s’est installé un jeune couple qui rénove quelques ruines, plante un potager avec l’objectif d’accueillir dans des gîtes les personnes désireuses de découvrir l’archipel en respectant l’environnement ; c’est un projet initié par le conseil général du Finistère et la réserve naturelle d’Iroise.

La fine couche nuageuse qui nous accompagne depuis le départ commence à se déchirer et sur lédénès, le sable est d’un blanc éclatant.
Au sommet nous apercevons, à un peu plus de 2 milles, molène et ses habitations regroupées autour du port.

Le vent a légèrement fraîchi et s’oppose au courant de la 1ère heure du flot, il en résulte un clapot aisément négociable lorsque nous traversons la passe de la Chimère entre QUEMENES et l’île de TRIELEN, direction la cale de CHARCOT que nous atteignons sous un soleil éclatant à 16h35.

La traversée entre le Conquet et Molène aura duré 3 heures et 5 minutes en prenant le temps de profiter de cet environnement exceptionnel.

Un portage des kayaks lourdement chargés sur la cale désaffectée du bateau de sauvetage et nous voilà sur l’herbe tendre où nous plantons notre petite tente jaune. Nous sommes les seuls campeurs, le week end pascal se termine et ceci explique cela…

Un WC public, un lavabo et un robinet d’eau douce sont à notre disposition à quelques mètres, Thierry a apporté une douche solaire qu’il veut tester. Le bonheur est dans le pré !
Sur Molène le camping est simplement toléré et pourrait être remis en cause en cas de débordement comme il s’en passe souvent l’été sur les îles bretonnes.
Rincés, habillés de sec, nous nous dirigeons vers le môle d’accostage où le bateau qui fait la liaison pour les passagers et le fret vient d’arriver, j’espère y trouver des amis chez qui je loge depuis que je viens régulièrement en famille sur l’île.
Comme d’habitude, René, le cadet, dit « petit caillou », assiste à l’arrivée et au départ du « Fromveur ». Il est surpris de me voir étant donné que je ne l’ai pas prévenu de mon arrivée, son frère, Sylvestre, est sûrement chez marie à « L'ARCHIPEL». Effectivement, c’est là que nous le retrouvons, lui aussi est surpris de me voir et s’il me reconnaît immédiatement, il n’arrive pas, pendant quelques secondes, à se rappeler mon prénom.
Nous avons à peine le temps de nous installer que 2 bières pressions nous sont servies ; par politesse, nous ne refusons pas… Thierry et sylvestre engagent rapidement la conversation sur les îles SCILLY qu’ils ont tous deux fréquentées en voilier, les anecdotes savoureuses ne manquent pas suivies par l’oreille attentive de Marie, 82 ans, qui règne sur le bar et fait tous ses calculs de tête. Elle est aussi petite que son café est exigu mais des travaux d’agrandissement sont en cours, son fils est aux cuisines et sa fille sert au restaurant qui jouxte la salle du bar. Selon Sylvestre le kig a fars y est fameux.
Sylvestre nous propose de manger chez lui mais n’a rien préparé, qu’à cela ne tienne, nous filons à la tente chercher deux boîtes de saucisses lentilles que nous savourerons en écoutant le maître des lieux nous raconter Molène puis nous proposer un itinéraire pour la rando de demain dans les parages de KEREON.
Rassasiés, repus nous quittons notre hôte qui nous invite à dîner pour le lendemain, ça c’est du bivouac ! Nous rejoignons notre campement dans l’obscurité et, sans peine, nous nous retrouvons dans les bras de Morphée qui nous bercera jusqu’au lendemain matin.
Mardi 10/04/2007
A 8h30, quand nous émergeons, il fait un peu frais mais le soleil brille et le vent est très faible. Des conditions idéales pour affronter le passage du FROMVEUR.
Nescafé, céréales, lait constituent notre p’tit déj, il y a même un banc face à la mer pour notre confort. Sylvestre vient nous proposer de petit déjeuner chez lui mais, aventuriers endurcis, nous déclinons poliment, point trop n’en faut !
C’est au tour de rené de venir nous saluer, trop tard pour le café, le réchaud est rangé et la marée n’attend pas !
A 10 heures nous quittons la cale CHARCOT avec des embarcations allégées par rapport à la veille, la remontée entre le port et l’île de Lédénès Vraz nous fait contourner Molène par le Nord, direction l’île de BALANEC que nous laissons à bâbord avant de rejoindre l’île de BANNEC qui abrite la plus grande colonie de pétrels tempête en France, ces deux espaces sont interdits du 1er avril au 15 juillet pour le premier et toute l’année pour le second en raison de la nidification et de la présence d’espèces menacées. 
Nous apercevons le phare de KEREON qui délimite à l’est le passage du FROMVEUR dont la profondeur dépasse les 50 mètres, il est large d’1,6 mille dans sa partie la plus étroite et les courants y atteignent 9 nœuds en vives eaux. 4,5 milles à l’ouest, le phare de la JUMENT indique l’entrée ou la sortie du passage.
Nous avons calculé notre arrivée à KEREON aux environs de l’étale de pleine mer mais aux abords du phare nous sentons déjà les effets du jusant, le coefficient est à 38 et la force du courant n’en finit pas de nous étonner.
Nous prenons le temps de faire des photos et d’aller toucher le phare, impressionnant vu d’un kayak.
Il serait dommage de laisser un tel monument disparaître.

Nous luttons contre le courant pour revenir vers BANNEC et n’osons imaginer ce que serait une navigation dans ces parages avec du vent et de forts coefficients.
Retour vers BANNALEC que nous admirons de nos kayaks avec ses magnifiques et énormes blocs de granit où nichent de nombreux cormorans huppés. Les huîtriers pies, grands gravelots, sternes, canards et autres goélands cohabitent sur ces îlots protégés.
Poussés par le courant nous revenons vers la pointe sud de Molène en traversant le chenal des pierres vertes, un gros caseyeur y est engagé et on ne peut s’empêcher de penser qu’il faut être un habitué des lieux pour fréquenter un endroit si mal pavé, fût-il balisé, avec un gros bateau.
Il nous reste 1,5 mille pour atteindre l’île de TRIELEN dont l’accès est autorisé. Nous y sommes en début d’après midi avec l’estomac dans les talons. Le vent de Nordet s’est levé et un pan de mur en ruine nous servira de paravent pour déguster notre « pain pâté HENAFF » réchauffés par les rayons du soleil.( nous, pas le pâté)

L’île est magnifique avec son herbe très verte tapissée de petites fleurs blanches 
; plate et sans arbres comme les autres îles du plateau, TRIELEN possède de magnifiques ruines d’une ancienne ferme, les champs cultivés étaient protégés du vent par des murets de pierre toujours en place. 

Alors que, repus et chauffés par le soleil, nous commençons à nous assoupir, nous recevons la visite des deux gardiens de la réserve naturelle d’IROISE, Jean-Yves LEGALL et David son assistant. La conversation entamée dans les ruines se terminera autour d’un café dans leur cabanon, le fait de leur avoir passé le bonjour de la part de Sylvestre qu’ils connaissent bien aura peut-être facilité la communication.
Nous sentons bien que Jean-Yves LEGALL est un homme qui aime son métier, c’est un vraie encyclopédie, incollable sur la faune et la flore de l’archipel (pas le bistrot !), il est intarissable et seule la marée qui descend et risque de mettre le bateau à sec viendra interrompre la discussion au cours de laquelle nous apprendrons que grâce aux fouilles archéologiques, il est prouvé que les phoques sont dans l’archipel depuis des lustres et non pas, comme il se dit, amenés par les écolos. Il nous confiera encore que le plus désagréable pour lui, est de verbaliser certains insulaires qui ne veulent rien entendre sous prétexte qu’ils sont chez eux. Sur Molène, on l’appelle le « shériff ». Les bateaux à moteur, style zodiac, qui permettent d’accéder facilement aux îlots sont néfastes. Sur LITIRI, certains notables viennent faire bombance puis repartent en laissant leurs déchets derrière eux, y a t-il autre chose que la répression pour ces gens là ?

Jean-Yves nous laissera son n° de portable, il est à notre disposition au cas où l’on reviendrait avec des personnes intéressées par la faune et la flore de la mer d’Iroise.
De retour au campement à 16h30, sylvestre est là qui vient nous proposer une douche chaude. Moi, l’aventurier endurci, j’accepte sous l’œil goguenard de Thierry qui veut tester la douche solaire, je ne tiens pas à froisser l’autochtone !
Matériel et kayakistes rincés, Sylvestre nous amène à l’autre bistrot, le KASTELL AN DAOL, « chez Johnny ». Le proprio, fan de Johnny HALLYDAY, se persuade que ce dernier est son ami et qu’il viendra un jour lui rendre visite à Molène. Le café, vaste et avec vue sur mer, pourrait être chaleureux si l’espace n’était envahi de photos et autres babioles à la gloire du réfugié fiscal helvétique, sans compter la sono qui crache les tubes de qui vous savez…
La pression est également 0,50 euro plus chère que chez marie, nous boirons juste un verre, c’était pour montrer l’endroit à Thierry qui ne connaissait pas.
A L'ARCHIPEL, les travaux vont bon train et nous devons passer par la salle de restaurant pour atteindre le bar, c’est quand même mieux ici ! Quoique, y’a des cons partout…. Un mec, petit, la cinquantaine bien sonnée, l’air suffisant se plante entre Sylvestre et moi qui parlons pêche.
J’apprends donc que ce bellâtre a une résidence sur l’île depuis 17 ans, se considère donc comme molènais et a un avis d’expert sur le problème des phoques qui mangent le poisson qu’il aime pêcher en plongée sous marine. Il se fait attaquer sous l’eau par les pinnipèdes, le bougre, mais ne s’en laisse pas conter et fait usage de son arme, non pas pour tuer bien sur, même si de son avis ce serait le seul moyen de rétablir un semblant d’équilibre dans cette nature bouleversée… J’en ai presque les larmes aux yeux, et dire que j’ai failli croire Jean-Yves LEGALL qui nous affirmait que la présence des phoques est un signe de bonne santé pour les eaux de l’archipel, d’autant plus que leur population est stable. Qui croire, le petit bellâtre ou le professionnel de l’environnement ?
Vite, allons manger avant que les créatures palmées et à moustaches ne viennent jusque dans nos bras égorger nos fils et nos compagnes ! Pour terminer sur le sujet, je lui aurais bien mis deux baffes au minus mais comme Sylvestre semblait le connaître…J’ai dit le connaître, pas l’apprécier.
Ca sent bon dans la maison, Sylvestre nous a mijoté un curry d’ormeaux péchés à la dernière grande marée, il les a sortis du congélateur, c’est vraiment sympa et nous nous régalons. Allez, il faut en reprendre, Sylvestre a dit que c’est cinq ormeaux chacun
La soirée s’écoulera à l’écoute de notre hôte racontant sa jeunesse sur molène, ses voyages comme matelot dans la marine marchande, son travail chez CABASSE à Brest, puis son retour sur l’eau à bord des «pilotines» au port de commerce…Un parcours riche et varié.
Ce soir encore nous n’aurons aucune peine à nous endormir.
Mercredi 10/04/2007
9h15 quand on se lève, c’est carrément le « club méd.», il fait toujours beau.
Ce matin, nous faisons le tour de molène à pied et, en passant dans le bourg, nous postons quelques cartes postales à l’intention de ceux qui ne sont pas venus.
Sylvestre a encore insisté pour que nous venions terminer la sauce des ormeaux avec du riz ce midi. D’accord mais à 11heures car nous devons être sur l’eau vers 12h30 afin de regagner le continent à la pagaie. Le matériel à nouveau dans les caissons, nous pouvons aller déjeuner, Sylvestre nous attend et nous nous régalons encore une fois.Le facteur fait irruption dans la maison et entame la conversation. Il sait que nous sommes les 2 kayakistes du campement : « tout se sait à Molène ! » Pour ma part, je n’en doute pas.
Nous passons serrer la main à René, "petit caillou", puis Sylvestre nous accompagne à la cale d’embarquement.
A 13heures nous quittons Molène, un dernier signe à Sylvestre et nous filons sur QUEMENES que nous laisserons à tribord avant d’aborder LITIRI où la couleur de l’eau, grâce au fond sableux, a des airs d’atoll du pacifique.

A MORGOL, un seul phoque au pelage blanc jaunâtre, paresse sur les rochers.
Nous ne sommes pas encore à mi marée, les autres doivent être à la pêche.
Il s’agit maintenant de remonter vers le nord afin de compenser la dérive du jusant, nous atteignons le plateau ar Beulveniou puis la bouée cardinale du grand Courleau. Le courant est toujours sensible malgré le coefficient de 31. Un dernier effort cap à l’est, deux heures et demie après notre départ nous entrons dans le port du Conquet avec des images plein la tête et l’impression d’être partis depuis longtemps. Le chenal du four s’est montré indulgent.
Un coup de téléphone à Sylvestre pour lui signaler notre arrivée, il parait que sur Molène il fait gris alors qu’ici, sur la cale du port, nous rangeons notre matériel sous un chaud soleil.

Kaloun
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